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"Au sortir de l'IRA, malgré un bon classement, la carrière fut difficile"

déficient visuel
chien guide
braille
milieu ordinaire
CLIS
classes préparatoires
hypokhâgne
IEP
enseignants compréhensifs
SAAAIS
prép' ÉNAIRA
amitiés étudiantes
ministère de l'Intérieur
insertion professionnelle
affectation forcée
regard des autres
relations professionnelles
accès aux fonctions métiers
accompagnement
entreprenariat
management avec un handicap
management de projets associatifs
logiciel libre

Type de Handicap : Visuel 

Spécialité(s) étudiée(s) : Admnistration publique

Métier : Entrepreunariat Social

Témoignage :

Thème 1 : Présentation du handicap

Je suis aveugle (c'est-à-dire que je ne vois que d'un œil à hauteur de 1/100, autant dire pas assez pour m'en servir. J'ai donc un chien guide et je travaille prioritairement en braille, mais aussi en vocal. Je vis dans un appartement ordinaire et ai recours à une aide à domicile pour la paperasse et l'entretien général (ce qui est aussi dû à un manque de temps).

Ce handicap est pour moi une banalité, ce qui me rend un peu héroïque aux yeux de bien des voyants, alors que je ne considère pas du tout ma vie comme hors du commun.

Thème 2 : Scolarité

J'ai suivi une scolarité en intégration depuis la 6ème. Soutenu par une CLIS jusqu'au bac, j'ai commencé à entretenir une relation directe avec les enseignants dès la 1ère année de prépa littéraire.

Cela m'a permis, pour la suite à l'IEP, d'avoir un rapport étroit avec les enseignants, ce qui m'a permis un accès facilité aux documents. J'ai entretenu des rapports similaires avec l'administration, facilités par la taille de la structure. Du coup mes examens se sont déroulés dans de bonnes conditions. J'étais aussi suivi par un SAAAIS (Service d'Aide à l'Acquisition de l'Autonomie et à l'Intégration Scolaire) pour l'accès aux documents papier.

Thème 3 : Études suivies

Outre le SAAAIS, il m'a fallu beaucoup recourir aux ressources électroniques de la BU lors de ma scolarité à l'IEP puis en prépa ENA. Les concours étaient aménagés et j'ai suivi l'IRA. Structure petite, j'y ai pu avoir les documents adaptés dans d'assez bonnes conditions, l'IRA finançant les conversions de présentations en texte lisible.

Thème 4 : Vie professionnelle

Mon premier stage a été le ministère de l'Intérieur pour un an. L'IEP m'a alors prêté JAWS que j'ai utilisé avec succès un an. La solidarité des autres jeunes était totale (lecture des documents inaccessibles papier, recherche dans des outils inaccessibles), bref un vrai bonheur.

Au sortir de l'IRA, malgré un bon classement, la carrière fut difficile. Inaccepté par une hiérarchie, mal vécu par les collègues, j'ai passé un an dans un environnement hostile après une affectation forcée. Pourtant l'aménagement du poste avait été rapide. Mais une dimension avait échappé aux services de ressources humaines, voire à moi-même : si pendant les études, on est accepté pour ses apports car se jouent moins d'enjeux personnels, professionnels, liés à l'égo, au regard des autres, il en va tout autrement dans la vie professionnelle. Dans le travail, on est confronté à une variété de gens infiniment supérieure, certains étant éduqués à la différence, d'autres pas ; certains étant d'une génération au fait du monde actuel avec ses potentiels et sensibles aux apports de la modernité et à l'importance de ne pas exclure les handicapés, d'autres pas.

L'environnement de l'emploi exige des capacités pédagogiques démultipliées, une assurance de ses forces et faiblesses accrue. Il place les gens dans une situation de responsabilités, d'ego, de carrière, qui peuvent s'avérer incompatible avec le « pari », l'ouverture, la prise de risques. Ajouté aux enjeux liés à la représentation et aux préjugés, il devient plus facile de comprendre cette courbe radicale.

J'ai donc changé rapidement de poste et suis à présent dans une équipe bien plus ouverte, libérée et de qualité. Le changement de hiérarchie qui a eu lieu entre-temps complique la donne, le supérieur s'adaptant mal au handicap, mais le travail donne une autonomie et les collègues assurent un bon soutien. De nouveau, le changement de direction a posé les mêmes enjeux que ceux décrits plus haut, à savoir la capacité d'une personne à considérer autrui, même handicapé, et à s'adapter tout en capitalisant sur ses forces.

Or, alors que les dirigeants sont recrutés pour leur savoir-paraître, leur capacité d'analyse de faits, ils ne sont pas sélectionnés selon leur rapport aux autres, en particulier dans un contexte de différence et de hiérarchie. Ce déficit se retrouve sur plusieurs générations, faute d'actions de formation concrètes à l'égard de toutes les générations.

Reste désormais clair pour moi que l'accès aux fonctions « métier » (par opposition à celles support) reste un problème aux yeux des dirigeants : peur d'une non réactivité, d'un comportement inadéquat à cause de la vue, etc. Peu accompagnés, livrés à leurs ambitions, peu encadrés, il leur devient facile d'exclure a priori la différence pour s'éviter des situations de remise en cause quand le monde de l'administration requiert des gens sûrs et sauvant les apparences.

Autant dire que ce contexte, fait de vitesse et de calculs personnels, ne laisse pas de place à la sensibilisation et la lutte contre les préjugés est un combat constant, les outils d'accompagnement s'insèrent difficilement dans le contexte de la vie professionnelle. Être aidé à prendre des notes, au travail personnel, à accéder à un contenu, dans une temporalité souvent individuelle, comme c'est le cas pendant les études, permet un accompagnement. L'univers éducatif est au surplus souvent plus ouvert à ces aspects. Dans l'administration, la temporalité est collective, le travail axé sur la production, la réussite souvent vue comme individuelle dans un système potentiellement figeant les parcours professionnels.

C'est ce qui explique que la solidarité estudiantine devient une adjonction d'intérêts distincts voire contradictoires, créant un environnement nouveau.

L'accompagnement est donc moins humain que matériel. L'humain ne peut être réintroduit qu'au stade de la sensibilisation. Celle-ci n'est possible qu'en démultipliant les bonnes expériences et en refondant profondément une part de l'éducation auprès des handicapés, en particulier pour leur transmettre dès le plus jeune âge les codes du monde du travail, qui leur seront indispensables pour réussir.

C'est ce manque de perspective et mon inadéquation comportementale au contexte public qui m'a fait fonder une société.

J'y dirige une équipe, gère l'administratif aidé d'un voyant, et réalise mon vrai projet social (bien loin des enjeux politiciens de la fonction publique). Cette création est portée par un projet social puissant mais en rupture, si bien qu'elle n'aurait pas été possible sans l'appui d'une personne valide. D'abord pour les aspects matériels. Ensuite et surtout, pour les aspects complémentarité : j'ai besoin de son ressenti pour déterminer comment passer (ou comment est passé) un message ; sa présence permet également d'alléger la charge résultant des lenteurs et des incompréhensions de nos interlocuteurs. On supporte mieux à deux un chemin truffé de déceptions que tout seul.

Dans tous les cas, fonder une société, c'est fonder son écosystème, ses process de travail, son équipe, ce qui assure l'élimination de bien des problèmes humains liés à l'arrivée dans une équipe déjà constituée, qui peut craindre de devoir changer ses modes de communication, sa productivité.

C'est la raison pour laquelle il est plus simple, paradoxalement, de fonder une structure que d'en intégrer une, bien que les enjeux restent importants : savoir-être, porter un vrai projet, le défendre correctement.

Thème 5 : Loisirs
(sports, culture, structures spécialisées …)

Thème 6 : La FÉDÉEH

J'ai fait quelques années de l'haltérophilie et du tandem. Je suis de près le foot et le hockey tout en m'intéressant au sport en général (tennis, athlé, etc).

Je passe des soirées nombreuses à chanter dans des cafés.

Je lis beaucoup.

Surtout, je passe un temps considérable à m'exercer en informatique, depuis 10 ans je pratique le logiciel libre. J'y ai ainsi développé une grosse activité associative, d'abord militante, ensuite sociale.
Cet axe a constitué mon projet politique de vie et sera sans doute le fil rouge pour la suite.

Date du témoignage : 19 avr. 2015