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La confrontation à un expert d'assurances : un épisode difficile mais qui suscite réflexion et remise en cause

Type(s) de handicap : AUTRE

Témoignage :

L’expert d’assurances qui nous toise moi et ma mère dans son cabinet me questionne comme un juge d’instruction. Nous attendons beaucoup de cette rencontre. Certes mes parents ont du «bien», mais que vais-je devenir ? Il pose les questions de manière très brève, saccadée, quasi mécanique, mais tout en étant très précis et en même temps insinuant.

Insinuer quoi ? Mais pardi que nous sommes des escrocs à l’assurance ! Toute une famille d’escrocs ! Ma mère touche déjà une minuscule pension, car elle n’a jamais guéri de sa hernie discale qui a été reconnue comme maladie professionnelle ; pas étonnant que dans ces conditions elle soit venue accompagner son fils, sans doute pour le conseiller plus efficacement qu’un avocat dans l’art de l’escroquerie.

En tout cas la batterie de questions de cet expert est efficace. Apparemment il essaie de démonter toutes les contradictions dans mon discours en listant toutes mes activités ou plutôt les limitations à ces activités. Quelques paramètres vitaux plaident pour moi. Ma masse est tombée à moins de 50 kg pour près de 180 cm j’ai la tension à 8 ; le pouls, surtout, qui bât à 80 alors que mon livret de santé la toujours, avant l’accident, listé à 60, « un cœur de sportif » disait alors le généraliste. Le tribut de près de 2 ans et demi de douleur. L’épisode de la semaine de quasi nuits blanches le laisse perplexe. Ma mère confirme ; elle non plus n’a pas beaucoup dormi pendant cette semaine… Pour ma part j’admets sans difficulté que mon sommeil est léger et que j’ai avec ou sans douleur des difficultés à m’endormir.

« Et comment cela a fini cette crise ? »

Le médecin traitant, fort de sa double casquette de neurologue et de rhumatologue m’a prescrit du Tramadol, un opioïde puissant, l’étape avant la morphine. Sans doute l’expert estime-t-il que le médecin affolé par le tableau clinique que je lui ai décrit a perdu un peu son sang-froid. Ce futur professeur est alors un jeune médecin. Je l’ai vu 2 fois en une semaine. Il a hésité à m’hospitaliser. Ma mère a promis qu’elle surveillerait l’usage qui sera fait de l’opioïde. Je n’ai pas vraiment le profil d’un toxico et il a signé l’ordonnance.

« Et qu’est ce que vous faisiez de toute la journée pendant la crise ? »

Mon regard s’illumine. Je suis un peu gêné par la question. « Je lisais… de la philo » en l’occurrence un petit ouvrage sur la scolastique médiévale. C’est que j’ai intellectuellement mûri de manière accélérée avec toute cette histoire.

Je ne peux pas obtenir justice et réparation de la méchante brimade physique que j’ai subie alors je cherche une affirmation dans la sphère d’affirmation du moment qu’est le lycée. Je ne peux plus être un corps, je souffre d’un déficit d’affirmation sportive et corporelle dans toutes les sphères d’affirmation corporelle d’un adolescent alors je suis forcé de m’affirmer intellectuellement. Je souffre d’un terrible désarroi existentiel alors je me passionne pour la philo. J’ai été victime de la part du « caïd » d’un quasi-pogrom anti-intellectuel parce qu’il me percevait comme un « bouffon » enfermé dans ses livres. Alors la meilleure justice que je peux me rendre c’est encore d’être plus enfermé dans mes livres. Mes résultats en science ont certes chuté parce qu’entre ma douleur, la fatigue et le Tétrazépam que l’on me fait prendre pour décontracter mes muscles il ne me reste plus beaucoup de facultés… et parce que je suis passé à autre chose. En philo, en littérature anglaise et en histoire cette motivation compensatrice fait sentir ses effets : en fin du 1er trimestre de T ° s j’ai obtenu une admission en hypokhâgne au lycée Pasteur.

L’expert passe maintenant aux choses sérieuses.

Il se fait de plus en plus loquace dans les observations qu’il enregistre avec son dictaphone quand il en vient à commenter la radiographie et l’IRM. Il s’avance maintenant vers moi, assuré par l’examen de l’imagerie et l’interrogatoire de ne pas pouvoir me léser lorsqu’il va saisir ma tête et la manœuvrer dans toutes les directions pour évaluer l’amplitude de mes mouvements. Très vite je ne peux retenir des cris de douleur qui affectent ma mère déjà alertée de voir tourner une tête qu’elle est habituée à voir tourner lentement et précautionneusement lorsqu’elle n’est pas complètement bloquée. L’expert force le mouvement. Il sait ce qu’il fait puisqu’il a vu l’image. Mais il veut rechercher l’amplitude maximale de mouvement possible ce qui implique d’aller au-delà de l’amplitude usuelle. J’ai de plus en plus de mal à retenir mes cris. Je ne le comprends pas encore, mais il réussit à distinguer entre le blocage involontaire du patient qui défend son articulation et le blocage provoqué par l’articulation elle-même en se basant sur une estimation relative de la contracture générée par le blocage articulaire qu’il déclenche et le blocage qu’il ressent en forçant sur l’articulation. Pour l’instant, je pense seulement qu’on abîme mon cou pour une seconde fois dans ma courte vie. Mais j’ai 18 ans, enfant unique policé par l’éducation de parents et d’un lycée bourgeois. L’homme qui est en train de me tordre le cou porte une blouse et des cheveux blancs et, plus encore qu’un médecin, c’est un expert. Alors je ne me révolte pas, je ne crie pas : Stop ! Lâchez-moi !

Lorsqu’il me lâche finalement il recommence à soliloquer en direction de son dictaphone. S’il s’y prend avec tous les êtres humains comme il s’y prend avec moi je comprends que la seule personne à laquelle il puisse encore parler soit son dictaphone me dis-je intérieurement. Je commence à penser que le métier d’expert d’assurances est bien cruel. Et si notre société proposait d’autres métiers encore qui supposent de jouer des personnages cruels ? Je n’y avais jamais encore pensé du haut de mes 18 ans.

« Bon, maintenant quelles sont les doléances et les réclamations ? »

Doléances et réclamations ? L’ironie relativiste que portent ces 2 expressions et qui nie la douleur qui m’accable m’est aussitôt insupportable. Je ne formule pas de doléances et de réclamations. Je ne suis pas un vulgaire râleur venu formuler des réclamations. Je veux faire reconnaître l’inacceptable. J’ai été à mes yeux et vu les éléments d’information dont je dispose alors victime d’une brimade que l’on peut assimiler à une agression. Cette agression cause un handicap. La douleur est mon quotidien et mon seul horizon. Je ne viens pas réclamer ; je viens obtenir justice et réparation.

L’expert s’est assis de nouveau derrière son bureau protégé derrière le serment d’Hippocrate qui se tient en bonne position sur son bureau entre lui et les patients, preuve irréfutable et protectrice de son intégrité.

Intégrité à l’égard de qui pensais-je intérieurement ? La compagnie d’assurances ou les assurés brisés qui arrivent dans son bureau ?

Une photo de famille, également en bonne vue sur le bureau, et qui associe un chameau à ses proches avec une pyramide en toile de fond est là pour témoigner que l’homme, outre qu’il est intègre, est à la fois humain et cultivé.

Il nous regarde durement ma mère et moi. Il est provocant aussi. Il cherche par sa dureté et son goût de la provocation manifestement la confrontation qu’il semble attendre les sens vifs et aiguisés.

Ma mère éclate en sanglots pour de bon.

Cette fois nulle main attendrie pour lui tendre du sopalin comme l’avait fait le radiologue d’une clinique privée alors que ma mère découvrait par son commentaire de l’IRM que mon rachis était lésé. L’expert n’est pas là pour vendre une IRM, mais pour défendre la bourse d’une assurance.

« Ah ! Docteur ! mon fils, mon fils… il… il ne peut plus mener une vie normale. »

« Normale ?? » Il reprend cette expression en mimant l’indignation, mais peut-être qu’il ne la feint pas. « Qu’est que ça veut dire normale ? Moi je vois des tétraplégiques régulièrement, est-ce qu’ils sont normaux ? Est-ce qu’ils mènent une vie normale ? »

Qu’est-ce qu’en effet que mener une vie normale ?

Je ne m’étais jamais posé cette question tant j’avais la chance de jouir sans m’en rendre compte d’une vie riche et épanouie d’héritier valide vivant dans une société prospère, libre et en paix. Telle me semblait devoir être une vie normale. Une vie normale c’était ma vie pensais-je alors dans un réflexe narcissique, car j’étais à moi-même ma propre norme, et égoïste à la fois, car je ne pensais pas en effet que d’autres hommes vivaient des situations incroyablement difficiles à deux pas de chez moi. Les SDF que je croisais dans ma ville de la banlieue chic menaient-ils une vie normale ? Je ne m’étais jamais posé cette question. Je les méprisais, ou bien ils m’étaient complètement indifférents.

Mais depuis que ma vie a basculé ma souffrance est telle que je serais prêt à échanger ma position pour la leur. Je me répétais cela, mais sans me demander si leur vie était normale ; sans doute parce que j’estimais que leur vie était moins insupportable que la mienne j’estimais encore qu’elle était normale. La vie d’avant, la vie d’avant le jour de l’accident fatidique était encore plus normale me semblait-il ; elle était indubitablement la norme de la normalité.

Ce qui me semblait alors une provocation supplémentaire de cet expert me semble de plus en plus avec le temps comme une clef d’entrée sur la réflexion que l’on se doit de mener sur le handicap lorsque l’on vit avec un handicap et sur la norme lorsqu’on vit dans une société qui prétend tout mesurer, tout calibrer, tout normer, depuis la courbe de croissance et la courbe de poids en passant par l’âge de la puberté, la courbe de progression dans la maîtrise de l’instrument mathématique, ce que l’on consomme et plus encore ce que l’on pense. Il y avait beaucoup de normes auxquelles je ne correspondais pas : celle du poids, celle de la qualité de la peau, celle de l’âge de la puberté et, plus inquiétant que tout, celle des progrès en maths.

Du moins, c’était avant. Avant que je ne développe cette anormalité radicale. Celle du handicap.

« On pourra dire ce que l’on voudra » soutenait mon kiné, mais « lorsqu’on a 20 ans » j’approchais de plus en plus, mais à reculons, de cet âge fatidique et paradigmatique de la virilité conquérante, libre et affirmatrice, « on se tient droit », je me redressais, « et l’on a une tête qui tourne. »

Je me reprends face à l’expert qui vient de me traiter, pensais-je, de râleur et qui surtout a porté un coup à mes certitudes normativistes. Ma mère, elle, continue de pleurer et le docteur la scrute d’un regard analytique, les yeux de plus en plus clos sans doute pour pouvoir continuer de supporter la douleur qu’il lui inflige. Pour ma part, et en essayant de faire abstraction des pleurs de ma mère, j’essaie de lister à l’expert des activités de la vie quotidienne que je pratiquais lorsque j’étais normal et que je considère comme essentiel de pratiquer pour mener une vie normale.

« Bon » lâche-t-il sur le mode conciliant d’un homme qui a atteint un état de fatigue ou de satiété intellectuelle.

L’expert s’est fait rapidement une idée des activités que je pouvais pratiquer. Et puis à quoi bon poursuivre la conversation avec ces gens qui croient en l’existence d’une vie normale ? Peut-être aussi commence-t-il à être sérieusement embarrassé par les pleurs de ma mère.

« Bon ; vous recevrez bientôt mon rapport. »

Si nous reçûmes conformément à son engagement le rapport de son expertise sous de brefs délais, nous ne le comprîmes pas vraiment. En fait le délai de compréhension courut sur des années et sur certains points le délai, non plus de compréhension, mais d’acceptation, court encore.
Nous en retenions, à tort, que l’assurance ne nous reconnaissait pas. Or la vérité était plus subtile.

Le taux d’invalidité était évalué au terme du barème du concours médical. J’étais évalué à 2 %. Une misère comparée à l’impact que toute cette chose commençait à prendre sur ma vie.
Les psychiatres que je rencontrai 10 ans après me demandèrent si je contestais cette évaluation et, si oui, à quel taux j’évaluais mon handicap. Je n’apprécie guère cette évaluation donnée en pourcentage d’une situation prétendument plus objective, et très en vogue dans les milieux populaires outre-Atlantique. Je n’aime pas dire que je suis d’accord avec les gens à 100 % et en l’occurrence je n’étais pas du tout d’accord avec la grille que me proposaient ces psychiatres.

On n’existe pas à 100 % ou à 50 %. On existe, c’est tout. Et un homme ne se détaille pas en pourcentage comme une barre de téléchargement d’un fichier numérique. Le distinguo ne se fait pas entre ceux qui existent encore à 50 % et ceux qui n’existent plus qu’à 20 %. Pour moi la différence existe et cette différence est une hiérarchie.

Il y a ceux qui ont pris conscience de ce que le handicap existait contre toutes les préventions d’une société qui nous force à penser qu’il n’existe pas, parce qu’il remet en cause ses valeurs prétendues darwiniennes, alors qu’il est une épreuve terrible et intense vécue par une somme de minorités qui forment entre elles toutes une somme qui numériquement ne peut être pensée comme quantité négligeable.

Il y a ceux, qui, plus par méconnaissance et par indifférence rapide que par misanthropie continuent de nier.

Au-delà de la connaissance et de la reconnaissance, il y a ceux qui pensent et agissent comme des personnes qui ont intégré cette dimension et considèrent la vie et la société au prisme du handicap et il y a les autres. Ceux qui existent encore à 20 % existent tout autant que ceux qui jouissent encore de 50 % de validité. Ils sont même plus existants, car du fait de leur handicap ils sont amenés ou plutôt forcés à démontrer une volonté compensatrice et une intelligence adaptative supérieure. Par là, ils existent plus intensément et introduisent une tension existentielle humaine en prise sur un univers naturel que n’introduisent pas les autres hommes sur le même mode.

La mesure de mon handicap exprimée en pourcentage me semblait donc doublement inadaptée. D’une part elle ne mesurait pas du tout l’intensité de ma souffrance et le handicap qui lui était associé et, d’autre part, elle niait l’état de dignité où m’avait élevé l’épreuve que je traversais.

D’une part on ne me considérait pas comme assez handicapé, au sens où l’entend l’Académie de médecine, au sens d’état médical et, d’autre part, on me considérait comme trop handicapé au sens où l’entend le vulgus alors que s’il y avait à choisir c’était plutôt eux les handicapés en se sens qu’ils devaient démontré moins d’intelligence et de volonté pour s’adapter… Cette mesure à 2 suggérait que je m’étais seulement coupé le petit doigt et qu’en même temps ma dignité avait considérablement diminué, car on se permettait de me proratiser en pourcentage.

Mes parents et moi-même étions désespérés.

L’indemnité proposée était ridicule quelques milliers de francs, environ un millier d’euros je crois. Autant par dépit que par volonté de ménager ce que nous percevions comme l’avenir, c’est-à-dire un procès qui, pensions-nous, pourrait me rétablir dans mes droits nous n’acceptions pas la somme.

La réaction du rhumatologue qui me suivait fut très sobre.

Nous n’avions pas réussi, pas plus avec lui qu’avec le premier, à soutirer des informations précises relatives à un diagnostic ou à un pronostic. Moins encore une explication qui nous sembla scientifique de mon état.

Point d’internet alors où se renseigner et point d’accès à une bibliothèque scientifique. Aurions-nous eu accès à ces informations que nous n’aurions pas voulu les exploiter.

Tel un adolescent à la peau trop grasse qui n’ose se mettre face à la glace de sa salle de bain et qui serait terrifié à l’idée d’allumer une lumière électrique qui ferait apparaître avec plus d’éclat encore un visage qu’il ne peut accepter je ne pouvais supporter de faire face à un présent qui obérait tout avenir et que le passé ne m’avait pas préparé à assumer. De même que je refusais tout somnifère et, chaque fois que possible, tout antalgique, je refusais obstinément de me renseigner sur l’anatomie de mon cou et de comprendre comment cette petite merveille fonctionnait chez les gens que je considérais comme normaux et de ce fait enviables.

«Hum, Hum… 2,5/7 de pretium. Moi je pensais qu’il vous évaluerait à 2».

Nous ignorions encore que l’expert qui m'avait évalué et nous avait fait passer une épreuve si difficile avait reconnu mon handicap et la souffrance qui lui était associée autant que les règles du jeu des expertises médicales accomplies par les assurances ou missions d'évaluation du préjudice corporel de droit commun le permettaient et au-delà de ce que le médecin traitant considérait possible.

Dans l’instant nous étions atterrés avant de découvrir des années plus tard, lorsque enfin j’eu accès à une bibliothèque universitaire et médicale traitant savamment la question et que j'eus par ailleurs le courage de parcourir les ouvrages pertinents, que l'expert avait poussé au maximum les règles du jeu en notre faveur.

Dans ces ouvrages je découvrais que la cervicalgie chronique est cousine en terme de circonstances d'occurrence et de problématiques de reconnaissance du syndrome dit subjectif des traumatisés crâniens. Qu’il s’agisse de cervicalgies ou de traumatisme crânien les experts s’efforcent de surmonter la contradiction entre la réalité patente de la souffrance de la victime et la quasi non-reconnaissance d’une invalidité.

À cette fin les assurances procèdent par la reconnaissance d'un «pretium doloris» significatif concurremment d'une estimation symbolique de l’invalidité partielle permanente. L’invalidité, exprimée en pourcentage, est relativement faible mais la douleur estimée élevée.

Cette contradiction de la politique d’expertise des assurances n'est qu'apparente. La plupart des contrats d'assurance n'indemnisent qu'au pro-rata de la reconnaissance de l'invalidité en attachant à chaque point de pourcentage une indemnité. Ainsi par exemple un contrat d'assurance indemnisera un particulier à hauteur de 200 euros par point d'invalidité. Un traumatisé crânien dont l'IPP est évaluée à 5% sera indemnisé à hauteur de 1000 euros… une bien triste misère au regard d'une vie qui est à jamais marquée par ce handicap.

En revanche il n’en coûte rien à l’assurance de reconnaître un «pretium doloris» puisque la plupart des contrats n’attachent pas d’indemnisation à la reconnaissance de cette souffrance véritablement invalidante mais qui n’ouvre cependant pas droit à indemnisation.

Quoi qu’il en soit cette épreuve dans l’épreuve qu’était l’expertise, car il m’avait bien fallu tout de même une quinzaine de jours pour récupérer du gros torticolis qu’avait déclenché l’examen à mouvement forcé du rachis par l’expert m’avait fait grandir. J’avais découvert que la vie humaine, y compris celle des victimes, ne valait pas autant que je l’avais escompté. En l’occurrence ma vie ne valait pratiquement rien. Mes amis devaient encore attendre quelques années et la confrontation à la vérité des prix du marché du travail pour se voir renvoyer une image monétisée de la valeur de leur vie.

Date du témoignage : 30 jan. 2014